Atlas monographique des Peuples Autochtones Pygmées en République Démocratique Du Congo
ATLAS DES PEUPLES AUTOCHTONES PYGMÉES EN RÉPUBLIQUE DÉMOCRATIQUE DU CONGO :
UN OUTIL STRATÉGIQUE POUR LA PROTECTION DES FORÊTS
La Dynamique des Groupes des Peuples Autochtones (DGPA) met à disposition l’Atlas monographique des peuples autochtones pygmées (PAP), un outil didactique visant à éclairer les politiques impactant la protection de la deuxième plus grande forêt tropicale du monde – une forêt qui constitue le plus grand puits de carbone au monde, essentielle à la régulation du climat, berceau d’une incroyable biodiversité, milieu de vie de communautés qui en dépendent pour leur survie et leur développement.

Données clés sur les PAP en RDC
- Les PAP sont présents dans 20 des 26 provinces du pays, et 60 des 145 territoires administratifs
- Leur population est estimée à plus de 561 000 individus
- Des groupes nomades sont identifiés en Ituri et des groupes semi-nomades dans 19 provinces
- Même sédentaires, les PAP maintiennent un lien fort avec la forêt

Les peuples autochtones pygmées, gardiens traditionnels de la forêt
Les PAP jouent depuis des siècles un rôle crucial dans la préservation des forêts congolaises grâce à leurs savoirs ancestraux et pratiques culturelles. Malgré les récentes avancées légales, notamment la Loi 22/030 portant protection et promotion des droits des PAP, leur rôle de gardiens des forêts est menacé par la déforestation, des déplacements forcés, des discriminations et d’une sédentarisation souvent involontaire. La reconnaissance juridique des PAP doit ainsi s’accompagner d’une protection de leurs droits, de leurs milieux et modes de vie traditionnels, dans la pratique.

L’Atlas monographique des PAP pour comprendre, localiser, protéger
Fruit de plus de 15 ans de recherches, et sans pour autant être exhaustif, cette 2ème édition de l’Atlas est un formidable outil d’aide à la prise de décisions, riche en informations et statistiques. Facilement consultable, l’Atlas se compose de plus de 300 pages et 280 cartes thématiques fournissant des données sur :
- La localisation des terroirs des PAP à l’échelle nationale et à celle des entités administratives décentralisées et/ou déconcentrées, jusqu’au niveau des secteurs et chefferies
- Leur histoire et leur coexistence avec d’autres communautés
- Leurs modes de vie traditionnels et leur contribution à la préservation des forêts et leur biodiversité
- Les défis liés à la protection et la sécurisation de leurs droits
Des cartes thématiques pour identifier risques et opportunités
Les cartes présentées dans l’Atlas font état de superpositions entre territoires où ont été identifiés des PAP et des couches d’informations (végétation, biodiversité) et différentes affectations des espaces (exploitation forestière, permis miniers, blocs pétroliers, aires protégées) qui peuvent être concurrentes, antagonistes, destructrices, ou au contraire représenter de réelles opportunités.
Les cartes permettent notamment d’identifier les espaces où corrélation entre présence des PAP et préservation des forêts devrait être considérée et protégée, aussi bien par la sécurisation des droits des PAP que par la promotion de leur rôle traditionnel de gardiens des forêts.

Ces cartes sont autant d’outils d’information pouvant assurer des opérations de planification spatiale basées sur les droits, qui intègrent terroirs traditionnels des PAP dans les schémas interprovinciaux, les plans provinciaux, locaux et simples d’aménagement du territoire – ceci pour assurer un aménagement cohérent de l’utilisation des espaces, en vue de contribuer à la prévention des conflits d’usage et fonciers, à la protection des forêts, à l’atténuation des changements climatiques et à un développement durable.
Message clé de l’Atlas : Pour protéger les forêts de RDC efficacement, il est impératif de sécuriser les droits des PA sur les terres et forêts qu’ils possèdent, occupent et utilisent traditionnellement
Bien que les PAP soient communément reconnus comme premiers occupants, ils ne détiennent pas de titres officiels sur les terres et forêts qu’ils possèdent, occupent et utilisent traditionnellement. Cette insécurité engendre expulsions, conflits et précarité qui menacent leur rôle de gardiens des forêts.

La foresterie communautaire (CFCL), les sites sacrés et territoires du patrimoine autochtone culturel (APAC), les outils du système d’informations foncières (chartes foncières et registres fonciers communautaires) sont autant d’options à promouvoir pour sécuriser leurs droits.
Leur participation à la gestion des aires protégées est essentielle pour une protection efficace et pérenne de ces espaces de conservation – y compris dans les aires protégées d’où les PAP ont été expulsés, comme au Parc national de Kahuzi-Biega/PNKB, et ceci en conformité avec les recommandations de la Commission Africaine des Droits de l’Homme et des Peuples de délimiter et octroyer des titres collectifs aux PAP concernés sur leurs territoires ancestraux au sein même du PNKB.
Recommandations
Bien que non exhaustif, l’Atlas de la DGPA sur les PAP en RDC constitue un outil d’aide à la prise de décisions et à l’élaboration de politiques qui devrait appuyer des opérations d’aménagement du territoire et une protection des forêts fondées sur les droits.
En 2020, le Président de la République TSHISEKEDI s’est engagé à « garantir juridiquement les terres et territoires ancestraux des Peuples Autochtones Pygmées sous la forme de vastes réserves naturelles, écologiques et communautaires, conformément à la volonté et sous le contrôle de ces peuples » 9.
La RDC dispose de formidables opportunités pour y parvenir grâce à la loi sur les droits des PAP de 2022, et depuis 2025 également grâce à la nouvelle loi sur l’aménagement du territoire. Avec la mise en place de cadres juridiques plus respectueux des droits et grâce aux connaissances fournies par l’Atlas sur la présence et les pratiques des PAP, le moment est venu d’optimiser la mise en œuvre d’une gestion forestière fondée sur les droits.
Outre ces deux lois, la RDC possède le cadre de gestion forestière communautaire le plus progressiste de la région avec les concessions forestières des communautés locales (CFCL). Par ailleurs, le Cadre mondial pour la biodiversité de 2022 (dans le cadre de la Convention des Nations Unies sur la diversité biologique) ouvre la voie à la définition d’Autres mesures de conservation efficaces par zone (AMCEZ). Une plus grande attention a également été portée récemment aux Aires protégées autochtones et communautaires (APAC). Autant d’options qui, avec une volonté politique et des moyens financiers adéquats, permettent de sécuriser concrètement les droits à la terre et aux ressources des PAP.

